Goa… Apprendre à ne rien faire.

 

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Premier grand trajet de nuit. Sur le quai, en attendant le train qui a déjà 2h15 de retard, j’observe des dizaines de personnes qui se hâtent pour traverser les voies, souvent chargées de sacs énormes sur leurs têtes, évitant de peu les trains qui passent à toute allure. Quand enfin je peux monter dans le train qui m’emmènera de Pune à Goa, je peux apercevoir le soleil rouge vif qui se couche par la petite fenêtre embuée de mon compartiment. Les sièges sont sales, et par terre les passagers ont laissé derrière eux des paquets de chips et de cacahuètes vides. Je soupire un peu en m’installant. Je n’arrive pas à me faire à l’idée de laisser ses déchets pour que d’autres, plus démunis, les ramassent.

Commence alors un défilé de vendeurs, qui offrent chai, chips, samosa, biryani, et même un homme tout maigre qui porte sur son dos une trentaine de livres. « Reading, nah? ». Il pose son cargo sur mon siège et se met à me présenter son butin. Je secoue la tête en souriant. D’un coup, le train se met en marche et le libraire ambulant semble prit d’angoisse. Il s’écrit en Hindi (à son expression il devait dire « Merde! Le train part! »). En deux temps trois mouvements, la colonne de bouquins est sur son dos, et il s’élance vers la porte ouverte de la voiture.

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Un homme en uniforme vient nous donner des couvertures, des draps et des coussins « propres » qui sentent l’humidité et la poussière et qui me rappellent l’odeur des caves parisiennes. J’installe mon lit, mais je sens que je ne dormirai pas. Les vendeurs continuent de passer toute les minutes, et je rigole à chaque fois parce qu’ils semblent tous emprunter une voie un peu mécanique qui me rappelle celle des personnes ayant souffert d’un cancer du larynx, c’est un choix étrange!

Soudain, un jeune homme d’environ 15 ans apparait sous mon siège. Il est à 4 pattes, et il nettoie le sol avec une serpillière d’une main, et ramasse les paquets de chips vides de l’autre. Il lève les yeux vers moi, et je suis tout à coup prise d’une grande émotion en lisant une profonde tristesse sans ses yeux. Je lui tend un sac de fruits que j’ai minutieusement préparé pour le trajet. Il l’attrape d’une main en baissant la tête, et sans se relever, il disparait en traînant les genoux sur le sol, continuant de balayer les carcasses de cacahuètes de sa main libre.

La nuit est longue et agitée. Vers 2h du matin, un homme allume la lumière et nous ordonne de changer de lit. Endormis, nous le regardons chercher une place sans broncher. Eventuellement, après avoir piqué une couverture à un pauvre homme assoupi, il s’en va se poser dans un compartiment voisin.

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Au petit matin, nous arrivons enfin à Goa. La lumière jaune qui émane de la fenêtre est douce. Quand nous descendons du train à 6h30, il fait déjà très chaud.

Il nous faudra presque 2h de route pour arriver à notre destination d’Arpora dans le nord de l’état. Grâce à une connection familiale, je suis hébergée dans un bel appartement avec piscine et air conditionné. Manque de pot il n’y a pas d’internet et rapidement je me rends compte que sans scooter ni voiture, je suis un peu coincée dans ce petit ilot luxueux.

J’entreprend donc de marcher, tout simplement, pour explorer les alentours. 1h pour arriver à la plage, 15 minutes pour manger au café bio du coin, 40 minutes aller-retour pour acheter des fruits et des légumes. Mon emploi du temps se rempli vite d’activités, disons, simples: marcher pour me nourrir, marcher pour aller nager ou voir le coucher du soleil, marcher pour aller chercher de l’eau potable.

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Et un soir, alors que je rentre à pieds de la plage d’Arjuna, je m’écoute penser. Je suis en train de me plaindre: trop de moustiques, et puis ces scooters qui me dépassent et manquent de me percuter de peu! Ca serait si simple d’en avoir un moi aussi, je serai à la maison en 10 minutes chrono! Et soudain, l’écho d’un chant vient m’arracher à mes pensées colériques:

Je suis tout à coup entourée de sons mélodiques émanants d’un temple Hindou au bout de la route. Et tout devient magique. Les criquets, les grenouilles, et même les moustiques, tout s’harmonise le temps d’oublier le ronronnement des voitures et des deux-roues…

Les soirs où je trouve le courage d’aller jusqu’à la plage pour regarder le soleil se coucher, je suis prise d’une grande sérénité en regardant les chiens jouer sur le sable comme des enfants fous. En groupe de 10 ou 15, ils se sautent dessus et se courent après, parfois finissant dans les vagues avant d’aller se poser sur le sable pour une sieste. Ils nous approchent souvent avec un air ébahie, avec comme un sourire aux lèvres en levant le museau pour quelques caresses.

Et enfin, l’image des vaches, qui chaque soir se rapatrient sur le sable, sans vraiment faire attention aux baigneurs. Elle s’arrêtent souvent pour pisser à deux pas des serviettes, ou déposer une bouse encore fumante entre deux châteaux de sables, sans se préoccuper des pleurs des enfants dégoutés.

M’éloignant peu à peu des pensées parasites, ces images d’animaux libres et, me semble-t-il, heureux, je souris en écoutant le doux sons des vagues, en espérant que je garderai pour toujours cette leçon de « rien faire », cette sensation paisible et simple, qui d’habitude semble si difficile à atteindre.

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